Saint Expédit à la Réunion

Saint Expédit est honoré dans l’ensemble du monde catholique, du Portugal à l’Allemagne, et du Bresil au Cameroun. En France, vous pourrez retrouver ses représentations sur l’ensemble du territoire, à La Réunion comme en Normandie, à Lyon, à Marseille ou Paris. Fréquemment, les fidèles déposent des ex-votos pour remercier le saint de son intercession en réponse à leurs prières.

 
Sur l’ile de la Réunion, cette ferveur est particulièrement vivante. Les églises de Notre-Dame de la Délivrance à St Denis, Notre Dame de la Salette à Saint-Leu et de nombreuses chapelles honorent Saint Expedit. Mais pour l’essentiel, on rencontre des centaines d’oratoires dédiés à Saint Expédit sur toute l’ile. Ces sanctuaires se caractérisent par leur couleur rouge, en rappel de la cape du soldat romain qu’était St Expédit. On les trouve dans les villages, sur le bord des routes (en particulier aux alentours de Saint-Benoit). Vous pourrez même en trouver dans les jardins des familles réunionnaises. Ces sanctuaires sont entretenus, fleuris, remplis d’offrandes, de bougies, de remerciements et d’ex-votos. Ils témoignent d’une foi populaire particulièrement forte de la part de la communauté chrétienne de La Réunion. Parmi les offrandes, la statue de St Expédit est fréquemment présente. Parfois même, elle a la tête coupée, en mémoire de la décapitation du saint.
Saint Expédit est un saint populaire que les réunionais honorent principalement en dehors des églises officielles, presqu’en contestation de la hiérarchie catholique. Plus accessible et plus proche de la population de l’île, les réunionais l’appellent fréquemment le « Ti Bondieu ». Son culte est discret, voire secret. Si les autels sont nombreux et bien entretenus, vous verrez rarement qui les fréquente.
 
Parmi les évènements qui ont marqué la diffusion du culte de St Expedit à la Réunion se trouve le voyage de Madame Chatel. Cette riche réunionnaise en voyage en Métropole après la 1ère guerre mondiale ne peut rentrer chez elle. Les épidémies sévissant alors empêchent en effet le départ des navires vers l’outremer. Elle est à Marseille et ses demandes pour obtenir un billet sont refusées. Il lui est conseillé d’attendre quelques mois. Elle va alors prier dans l’église de St Cannat devant la statue de St Expédit. Trois jours plus tard, elle obtient son billet de retour tant attendu. Arrivée à la Réunion, elle se rend auprès du curé de l’église de Notre Dame de la Délivrance à St Denis et le persuade d’accepter une statue du saint dans l’église. Quelques années plus tard, en 1931, l’évêque de l’ile bénira lui-même cette statue.
 
La figure de St Expédit présente aussi un coté sombre. Les réunionnais craignent sa puissance et évitent de lui dédier un oratoire à l’intérieur même des maisons. Certains réunionnais invoquent St Expédit pour régler leurs comptes et se débarrasser d’un concurrent en affaires ou en amour, ou pour des rituels magiques. Ils oublient alors le message chrétien du saint, et se perdent eux-mêmes. Enfin, des réunionnais d’origine indienne (les « Malbars ») pratiqueraient une religion chrétienne empruntant de nombreux rituels à l’hindouisme. Il verraient en St Expédit la figure chrétienne de la déesse Kali, associée à la destruction et à la couleur rouge. Bien loin de La Réunion, on invoque également St Expédit à Haïti lors de pratiques proches du vaudou, de la magie noire et de la sorcellerie.